Chrono de la cyclo: De Pékin à la frontière mongole, Erlian.
Bye bye Beijing.
On s'extirpe douloureusement de Pékin, des hutongs où les pépés en marcel blanc commençaient à nous
Bye bye Beijing.
Li Ping (58 ans) retraitée, avec sa mère Lang Guifen (88 ans) dans leur pièce à Qianmen.
“J’habite cette pièce de 15 mètres carrés avec ma mère depuis 1979, l’année où on nous a autorisées à revenir à Pékin. Avant on était riche, on habitait une grande maison dans le centre de Pékin. Mon père était docteur et avait une clinique. En 1966, au début de la Révolution Culturelle, on nous a envoyé dans le nord travailler comme paysans. Ils nous ont appelé « contre-révolutionnaires ». A mon retour à Pékin j’ai travaillé comme ouvrière dans une usine d’état. Quand l’usine a fermé il y a plus de 10 ans, je me suis retrouvé au chômage sans revenus. Depuis 2 ans je touche une retraite de 90 euros par mois. Mais je n’ai pas assez d’argent pour envoyer ma mère à l’hôpital. Aujourd’hui ils veulent qu’on parte. Les Jeux olympiques c’est une excuse pour nous exproprier. Des jeux pour les riches, nous, les pauvres on paie. Ce qu’ils nous proposent est insuffisant pour acheter même un tout petit appartement. Où voulez-vous que j’aille avec ma vieille mère ? Tous mes voisins sont déjà partis mais nous ne partirons pas.”
A chaque pays son hôtel, refuge d'une nuit ponctuant la route du voyageur.
La Chine a ses lüches, mot imprononçable que le laowaï* se doit de connaître pour trouver un lit bon marché.
Du nord au sud, d'est en ouest, la lüche* offre bien des constantes.
Derrière un comptoir poussiéreux, une puya hilarde s'esclaffe et hurle à la vue de nos longs nez.
En moins de temps, qu'il ne faut pour le dire, elle nous installe dans sa plus belle chambre et grimpe allègrement les trois étages chargée de nos sacs oranges.
Gardienne des clés et des thermos de kai shue, elle disparaît mystérieusement et des " Puyaaa, puyaaa..." de clients impatients ricochent alors contre les murs crasseux d'un couloir sombre.
Attention, la puya curieuse apparaît sur votre lit sans crier gard, semblant passer à travers les murs comme une héroine de shaolin.
Les voisins, la porte ouverte jouent aux cartes dans un nuage de fumée, le pantalon remonté jusqu'au genou dévoilant des mollets blancs sans poil dont la ligne galbée se voit coupée par une chaussette mi-bas en nylon grise.
Les graines de tournesol craquent sous la dent en un petit bruit sec avant de terminer crachées mollement au sol et former un petit tapis. La tension est à son comble. Puis le jeu claque sur la table, chacun hurlant son bonheur ou son désespoir sans retenue.La lumière blafarde du jour, le bruit matinal de la rue passe par le rideau à moitié décroché de la fenêtre: moteur pétaradant d'une machine infernale née du mariage d'un tracteur et d'une machine à coudre, raclement de gorge de ténor finissant par un crachat sonore, voix répétitive et nasillarde d'un petit haut parleur vantant la bonne affaire à " san kwai.". Ces sons rituels du matin me rassurent sur la journée qui s'annonce.
Devant la porte, nous chargeons les vélos. La puya, appuyée sur un balai se terminant par une pieuvre dégoulinante et ragoûtante, les avant bras cachés sous des manches élastiques bleu d'encre nous observe malicieusement.
Les voisins la rejoignent et nous interpellent joyeusement.
Les mots Fagua *, zisinshe * résonnent dans l'air . La puya droite comme un i semble fière ce matin.
Nous partons, je me retourne. Tous nous saluent d'un geste maladroit comme si ils agitaient la main gauche semblant effacer notre silhouette pour retourner dans leur vie sédentaire.
*
A la suite de nouvelles tribulations sur la route de la soie, Serge revient en Chine avec sa tribu, non pas en avion comme tout le monde mais en AX, petite voiture française l'une des seules à ce jour sur le sol de l'empire du milieu.

A Yangshuo, Serge semble mener la vie paisible d'un honorable père de famille. Mais attention à l'eau qui dort. Des idées saugrenues trottinent sous sa casquette: pourquoi ne pas voguer vers la France sur une péniche chinoise entre bord de mer et grands fleuves ?
En attendant, vous pouvez toujours partager l'aventure vélocipédique de Serge à travers son livre toujours disponible en librairie ou par correspondance.
Le cochon mort ne craint pas l' eau bouillante.
Au marché de Wu Shin Dao;
Il l'empargouille, le glosseraille et il s'affaisse.
Assommé l'oeil a cessé de frémir;
Ecaillé le corps lisse apathique;
Tranchés les morceaux s'éparpillent;
La lumière blafarde ondule sous la tôle brulante.
Fendue la carcasse offre ses entrailles;
Laquée la peau dorée culbute sans murmure;
Crocheté le canard se balance;
La chaleur dispense son odeur en éclat.
Saigné le corps chancelle malhabile ;
Ebouillanté, dans la marmitte les plumes s'éparpillent;
Vidé, le couperet tranche le tête du condamné;
Il est 3 heure à ciel fermé .
Roussi, la flamme du chalumeau scintille;
Gonflés, les boyaux se teintent de brillance;
Ouverts les morceaux font silence;
Picottement sur mon foie acidulé .
Couche de graisse qui s'arrache au firmament;
Plateau de naseaux en gelée;
Rangée de langues râpées;
Cercle de cervelles en damier;
Vicères et entrailles s'éparpillent.
Le sang a coulé;
La chair est vaincue;
Les corps pendus s'offrent aux cannibales.

Ni hao,
Hekou,une petite ville chinoise à la frontière vietnamienne, c'est bien cela !
Un pont, le fleuve rouge, un douanier scrupuleux et trop poli qui inspecte tous les livres et hop nous revoilà comme par miracle dans l'empire du milieu, un peu comme on retourne à la maison. Étrange!
Nous flânons quelques jours ici pour s'assurer que rien n'a changé et apprécier la douceur de retrouver ce que l'on aime.
Et oui, c'est bien la Chiiiine : des assiettes de "baozes" fumantes , une chinoise autoritaire et hilarde qui nous prend sous son aile, un tango nasillard sous des lampadaires-palmiers d'un kitch affolant, des dominos de mah-jong roulant bruyamment derrière des paravents fanés, des litres de thé vert au goût d'épinard, des héroïnes volantes sur CCTV6, des toilettes collectives toujours aussi "awful", mon voisin d'internet fumant et crachotant, les ribambelles de pétards, l'odeur du charbon, une "puya" endormie gardienne des clés du troisième étage, les " rellos " rigolards et tendrement moqueurs d'une tablée dominicale...
Tous ces petits détails qui font un pays et qui ici bouillonnent d'une énergie contagieuse.

une boite de talc
un café lao une intersection
sept-cent gouttes de pluie un orage à minuit
un chant du coq quarante trois degrés celsius
un avale-poussière une terre rouge
deux cent cinquante grammes de wish à trois mille kip
un gecko rêveur
une fleur de courgette trois poissons séchés une pousse de bambou
vingt-cinq minutes d'attente
un drapeau avec la lune
un hamac trois poulets oranges un moine
dix neufs crevaisons un incendie un tube de colle
une maison sur pilotis
une dame avec un pantalon bleu
un arc en ciel un groupe de nuages
un couple de buffles d'eau
une moustiquaire
soixante années de colonisation un pathet Lao
une paire de chaussette humide
une feuille de teck qui tombe
trois livres de kao niaw un marteau une faucille
une camarade hotelière six heures trente il fait nuit
quatre bougies un clair de lune
un mois d'avril
le gecko rêveur
une pente à douze pour cent un piège à rat
mille neuf cent soixante quatre - mille neuf cent soixante treize
deux millions de tonnes de bombes
une heure de déprime treize aspirines
un cochon une cocotte minute une guêpe
une chemise poisseuse
un monsieur avec son uniforme
une brochette de chauve-souris
un pêcheur qui pêche des poissons
deux falangs quatre heures de karaoké
une route numéro trois une douzaine de nids de poule
un endroit qui s'appelle sop hong
trois khamus et seize hmongs sont en bateau
une histoire sans parole
huit millions de pixels
deux verres de lao lao quatres triples croches un silence
un chat avec la queue coupée
et naturellement
le gecko soupire


. Vers Muang Pakxeng. 02 Avril.... La route aux millions de virages, bande de terre vierge, s'insinue dans le vert à l'infini. Les vélos zigzaguent en crabe comme englués sur des pentes verticales. Les arbres-boas enlassent voracement des troncs centenaires aux tons orangés, des fougères gigantesques frémissent gracieusement sous un vent avare, des gouttes d'eau tiennent l'équilibre sur des feuilles géantes et tendres.
Le coeur de la jungle bat lentement, l'air s'amenuise, des bouquets de nuages violets gardent jalousement une mousson salvatrice.
Au village, oasis de sable rouge, l'homme a dompté la forêt. Perchée sur ses pilotis maladroits, la maison de bambou s'offre au ciel et respire...
. Muang Vieng Thong. 04 Avril. Fin d'après midi....La tête en l'air, le coeur léger, les tortues chassent les nuages, capturent des images, souvenirs fugaces d'un ciel d'avril du nord Laos.
Pas de touristes à Vieng Thong, pas de photo, mais la rumeur court plus vite que l'éclair. Suspission. Délation.
Nos deux falangs se retrouvent au poste pour un interrogatoire en lao non sous titré. Leur long nez pointe au sol, avec bien plus une envie de rire que de pleurer.
Silence. Les nuages s'envolent. Les poules jacassantes envahissent le terrain de pétanque pendant ce temps mort inattendu...

