20.8.08

Chrono de la cyclo: De Pékin à la frontière mongole, Erlian.

Bye bye Beijing.


On s'extirpe douloureusement de Pékin, des hutongs où les pépés en marcel blanc commençaient à nous saluer, où le petit "fan dien Wang" (restaurant Wang) était devenu notre cantine familiale. Mama pleure ce matin, "meimei" (petite soeur) et "geigei" (grande soeur) s'en vont le coeur serré laissant derrière elles leur " beijing pengyo" (amie de Beijing).
Mama chaleureuse, drôle, curieuse qui angoissait à l'idée de voir son café fermer à l'approche des JO, la police arguant des problèmes de sécurité.
Les quelques posters de Mao et de Lei Feng ressortis du placard et collés avec application sur les murs sauveront-ils le petit bar à défaut d'un dessous de table plus onéreux?
Une première étape touristique, une soixantaine de km pour se retrouver en pleine campagne, entendre les poules caqueter, les cochons grogner, sentir l'odeur de la terre et se balader quelques heures sur la "tchang tcheung" (grande muraille), long serpent doré se sauvant à l'infini dans le vert des vallons arrondis.Une ambiance vacances à la ferme sur fond de grande muraille

Les globe - tortues sont ellles des terroristes ?

Surprise!

Le petit dortoir de la "luche" (petit hôtel) quoiqu'à la propreté toute chinoise nous semble parfait aprés 100 km de vélo.
- Hao! Hao! (OK!) Douo chao tsien ? (C'est combien?)
Pour toute réponse, la patronne s'esclaffe, rit joyeusement en faisant de grands mouvements désordonnés entrecoupés du geste triangulaire du temps mort propre à l'arbitre de sport collectif.
Que se passe-t-il ? Notre "Douo chao tsien" pronnoncé avec application et rodé aprés des mois dans l'empire du milieu ne fonctionnerait-il plus?
Etrange!
La chambre nous serait-elle offerte? Plus étrange encore.
Quelques instants pour comprendre que notre "luche" préférée n'accepte plus les étrangers. Tout le village vient rire dans la cour de l'hôtel, mais même jaune ce n'est plus contagieux.
La prof d'anglais arrive essoufflée, empressée, impressionnée de tester sa langue de shakespeare avec les anglophones que nous sommes. " Forbiden!", " Not allow!". Pas de réponse à nos " Why ?" désespérés mais le "One world, one dream" passe en flash dans nos esprits.
Un coup de fil à la police qui nous a poursuivi et controlé 10 km en amont, le kidnapping de nos passeports, un passage bizarre sur internet pour voir si nos têtes de " wugai" (tortue) ne figurent pas sur la liste des " wanted" du pays céleste et l'on s'écroule sur nos lits en fer pour rêver d'un monde meilleur.

Mei yo !

Un nuage noir flotte sur nos têtes le long de la route du lendemain.
Le soir tombe, une "luche" et le patron plié en quatre hoquette un " Mei yo" (Non, il n'y a pas) sans concession.
Nos neuronnes européens se tendent dangereusement, le coeur s'emballe et à défaut de sauver la face, nous offrons un spectacle tragi-comique à un public en liesse. Sale comme un peigne, je n'hésite pas à m'allonger dans la poussière à coté de mon vélo mimant un sommeil profond accompagné de ronflements bruyants. Succés garanti! Mais le rideau tombe et nous tentons notre chance un peu plus loin.
Trop surprise de voir deux longs nez à " zisingtche" (vélo), prise de cours, l'hôtelière voisine n'a pas le temps de rire que les deux vélos sont déjà engouffrés dans le dortoir de plein pied. Un repas, une bière fraîche et un "mei yo" gêné mais redondant nous empêche de nous installer dans notre "home sweet home "
Assises dans la cour entre le tas de charbon et les toilettes chinoises odorantes à souhait, nous refusons de partir. La " yingweune laoshi" (prof d'anglais) arrive sous la forme d'une missive, une lettre sortie d'une poche et tendue fébrilement ( je cite) :" Welcome to our village but you must go now because we don't understand you and will scared.We don't invite foreigners. There is a nice place about 15 km and you will go there by car. If you stay there, we will be in trouble." Affolant! Nous refusons de bouger, de prendre le moindre transport et souriantes nous attendons.
L'auteur de la lettre apparait tout sourire avec son allure de première de classe et nous interroge dans les effluves des " cesuos" (toilettes) dans un style américano-sino-british très étonnant en ce lieu.
Cascades de rire, cris d'étonnement à l'américaine pour un interrogatoire musclé: " Qui êtes vous? Où allez vous? Que transportez vous? Quelle âge avez vous!..."
Echanges de politesses infinis et aprés un " Now, it's OK? Can we sleep?" on s'effondre sur le drap sale pour...quelques instants seulement.
Comme poussée par un courant d'air, la porte s'ouvre sur deux élégantes enjouées qui nous sortent du lit. Que de profs d'anglais en Chine! Les deux rires recommencent l'interrogatoire, la police recopie les passeports, toute la clique stagne dans la cour, nos paupières pèsent une tonne. L'hôtel à touristes nous est encore recommandé pour notre propre sécurité! A nous de dire " Mei yo" assez séchement et de vanter l'honneteté des petits villages chinois. Le monde à l'envers!
Il est minuit. Il nous aura fallu 6 H pour nous coucher.

Dupont et Dupond.

Réveil chaotique, vision cauchemardesque de l'anglaise nous offrant des abricots de sa maman, poignées de main chaleureuse de l'hôtelière et nous voilà enfin libres.
Libres? Enfin presque!
Comme dans un film de série B, une voiture noire stagne dans mon rétro. Serait-on suivi ?
Dupont et Dupond nous filent, s'arrêtant régulièrement pour nous demander si nous ne sommes pas trop fatiguées, si ils peuvent nous aider. Hallucinant! Nous déprimons, imaginant cette grotesque filature jusqu'à la frontière mongole, mais la voiture s'évapore au bout de 60 km.

La "Binguan" ou comment payer un hôtel de luxe au prix d'un hôtel de campagne.

A peine entrées en ville, qu'un inconnu nous saute dessus pour nous guider vers le lieu autorisé. Nous pressentons que notre chemin jusqu'à la frontière sera tristement la route des " Binguan ".( Hôtel pour étrangers)
Nous détestons ces hôtels au décor ridicule, au hall glacial et aux prix exhorbitants. Impossible de s'évader, cette satanée binguan nous attire comme un aimant, repoussées que nous sommes par tous les " Mei yo" environnants.
Valse bleue de policiers, gloussements de l'anglaise collabo, ordinateurs derniers cris photagraphiant nos passeports sous toutes les coutures, fouilles des sacoches pour notre sécurité dans une déco mi boite de nuit, mi chambre mortuaire où le buste en faux marbre de Mao trône au centre de colonnes romaines drapées de taffetas dorés.
Du Fellini asiatique!
Les nerfs parfois à fleur de peau, on assiste à cette mascarade absurde. Qu'ils appliquent leur loi débile, " One world, One dream", mais hors de question de payer le prix fort annoncé par le pingouin sous les horloges en or ! On veut une salle de bain, des draps propres pour 20 yuans par tête. On rebondit alors sur le matelas à ressort, sirotant un thé vert dans un mug blanc en zappant comme des folles entre pub Adidas et flamme olympique.

Dernière nuit sur la route en Chine.

Encore 60 km et c'est Erlian la ville frontière avec la Mongolie.
La route est droite à en crever, le ciel s'assombrit sur l'horizon dénudé. Un vent affolant nous colle sur l'asphalte. Demi tour et une raffale nous pousse dans un petit village miteux perdu au milieu du désert.
Un lampion délavé se balance au vent et annonce la "luche". Pas un képi dans le sable tourbillonant. Un grand sourire, une omelette à la tomate, un bol de riz, quelques mouches amoureuses, une odeur de chou envahissante et le lit en fer qui grince.
Le vent s'engouffre partout, les chiens aboient dans la cour, les portes claquent, on se dépoussière dans la cuvette en émail décorée de poissons rouges.
Nous vivons ce moment comme un dernier cadeau de cette Chine que l'on aime.

Huang Hua Cheng



La grande muraille vers HUANG HUA CHENG






Un oeil sur la chine


Li Ping (58 ans) retraitée, avec sa mère Lang Guifen (88 ans) dans leur pièce à Qianmen.


“J’habite cette pièce de 15 mètres carrés avec ma mère depuis 1979, l’année où on nous a autorisées à revenir à Pékin. Avant on était riche, on habitait une grande maison dans le centre de Pékin. Mon père était docteur et avait une clinique. En 1966, au début de la Révolution Culturelle, on nous a envoyé dans le nord travailler comme paysans. Ils nous ont appelé « contre-révolutionnaires ». A mon retour à Pékin j’ai travaillé comme ouvrière dans une usine d’état. Quand l’usine a fermé il y a plus de 10 ans, je me suis retrouvé au chômage sans revenus. Depuis 2 ans je touche une retraite de 90 euros par mois. Mais je n’ai pas assez d’argent pour envoyer ma mère à l’hôpital. Aujourd’hui ils veulent qu’on parte. Les Jeux olympiques c’est une excuse pour nous exproprier. Des jeux pour les riches, nous, les pauvres on paie. Ce qu’ils nous proposent est insuffisant pour acheter même un tout petit appartement. Où voulez-vous que j’aille avec ma vieille mère ? Tous mes voisins sont déjà partis mais nous ne partirons pas.”


Extrait du blog du photographe Gilles Sabrié .


15.7.08


. Vous pouvez désormais trouver sur : La route des nuages .

. Le Road Book N o 3 : Douchambe - Khorog

. Le Road Book N o 4 : Khorog - Sary Tash

. Le Road Book N o 5 : Sary Tash - Kashgar

10.7.08

One world, one dream Beijing 2008 .



Un rêveur, un homme pressé n'aurait pas vu. Un mur blanc sépare deux mondes.
Une tige en métal où des lambeaux de béton dégoulinent pointe vers le ciel.
Une porte s'entrouvre.
Un no man's land où le temps s'égraine à coup de pioche. Un terrain vague soufflé par un cataclysme. Un vide. Une odeur de fin du monde.
Au centre, une maison décapitée. Un arbre. Sous l'arbre, un homme。Un fauteuil. Un petit chien blanc. L'homme est vieux.
Il ramasse le diabolo orange au pied du fauteuil.
Ses chaussures de velours glissent comme sur du parquet. Il tourne, il danse.
Le diabolo vole comme un oiseau dans le ciel. Libre.
Dans ce monde, une femme le regarde et sourit.
Dehors, je vois.
Une nostalgie envahit l'espace. Etouffée. Silencieuse.
L'homme valse, virevolte pour un dernier spectacle.

7.7.08



4.7.08

Nuit de Chiiiine !

A chaque pays son hôtel, refuge d'une nuit ponctuant la route du voyageur.
La Chine a ses lüches, mot imprononçable que le laowaï* se doit de connaître pour trouver un lit bon marché.
Du nord au sud, d'est en ouest, la lüche* offre bien des constantes.
Derrière un comptoir poussiéreux, une puya hilarde s'esclaffe et hurle à la vue de nos longs nez.

En moins de temps, qu'il ne faut pour le dire, elle nous installe dans sa plus belle chambre et grimpe allègrement les trois étages chargée de nos sacs oranges.
Gardienne des clés et des thermos de kai shue, elle disparaît mystérieusement et des " Puyaaa, puyaaa..." de clients impatients ricochent alors contre les murs crasseux d'un couloir sombre.
Attention, la puya curieuse apparaît sur votre lit sans crier gard, semblant passer à travers les murs comme une héroine de shaolin.
Les voisins, la porte ouverte jouent aux cartes dans un nuage de fumée, le pantalon remonté jusqu'au genou dévoilant des mollets blancs sans poil dont la ligne galbée se voit coupée par une chaussette mi-bas en nylon grise.
Les graines de tournesol craquent sous la dent en un petit bruit sec avant de terminer crachées mollement au sol et former un petit tapis. La tension est à son comble. Puis le jeu claque sur la table, chacun hurlant son bonheur ou son désespoir sans retenue.

La lumière blafarde du jour, le bruit matinal de la rue passe par le rideau à moitié décroché de la fenêtre: moteur pétaradant d'une machine infernale née du mariage d'un tracteur et d'une machine à coudre, raclement de gorge de ténor finissant par un crachat sonore, voix répétitive et nasillarde d'un petit haut parleur vantant la bonne affaire à " san kwai.". Ces sons rituels du matin me rassurent sur la journée qui s'annonce.
Devant la porte, nous chargeons les vélos. La puya, appuyée sur un balai se terminant par une pieuvre dégoulinante et ragoûtante, les avant bras cachés sous des manches élastiques bleu d'encre nous observe malicieusement.
Les voisins la rejoignent et nous interpellent joyeusement.
Les mots Fagua *, zisinshe * résonnent dans l'air . La puya droite comme un i semble fière ce matin.
Nous partons, je me retourne. Tous nous saluent d'un geste maladroit comme si ils agitaient la main gauche semblant effacer notre silhouette pour retourner dans leur vie sédentaire.

*

laowaï : étranger
lüche : Petit hotel
Fagua: France.
zisinshe: vélo.





Nocturne Indien

Petit tour à Yangshuo .

A Yangshuo tout est possible, même y rencontrer le fameux " pédaleur errant".







" Il n'y a pas de plus grand bonheur que la pratique de la pédalerie errante: Empoigner la vie et la savourer à loisir, aspirer à longs traits le spectacle de la nature, se frotter la cervelle contre les peuplades curieuses et oubliées du monde... Ainsi en va-t-il jours après jours de nos tribulations, engloutissant des kilomètres dans la campagne assoupie de la Chine..."

Serge Leret. Les tribulations d'un pédaleur errant. 2000


Les globe-tortues ne sont plus toutes neuves .
Certains diraient même qu'elles ont de la bouteille dans le domaine du voyage à vélo, expression qui ne serait pas pour leur déplaire, bien au contraire。 Après tout, les tortues battent des records de longévité et la grande Alexandra n'a -t-elle pas reçu un passeport à l'âge de 100 ans?
Elles sont donc de toutes petites tortues prêtes à traverser la terre sur leurs vieux biclous.
Cela dit, aux alentours du changement de siècle, nos wugais rêvaient de grand départ sans oser larguer les amarres.
Elles montèrent à la capitale et rencontrèrent un drôle de "pédaleur errant" qui avait parcouru le monde en vélo pendant 4 années, une éternité pour les bébés tortues d'alors. 4 années pour rencontrer Xiao Lin avec qui il se marie en Chine à l’autre bout de la terre.
Il racontait ses tribulations vélocipédiques et amoureuses, l'air de rien, tranquille, impassible à l'onde d'admiration qui parcourait la salle.
Il n'était ni Crésus, ni Indiana Jones mais à partir de ce jour les tortues avaient trouvé leur héros, ce petit déclic du " Et pourquoi pas nous ?"
Sous le manteau elles se passaient et repassaient ses petits journaux, riaient, s'émouvaient de ses aventures et dévorèrent le livre dés sa sortie.
Aujourd'hui en Chine, elles ne pouvaient pas résister à l'envie de le rencontrer et furent acceullies par toute la petite famille à Yangshuo.




A la suite de nouvelles tribulations sur la route de la soie, Serge revient en Chine avec sa tribu, non pas en avion comme tout le monde mais en AX, petite voiture française l'une des seules à ce jour sur le sol de l'empire du milieu.



A Yangshuo, Serge semble mener la vie paisible d'un honorable père de famille. Mais attention à l'eau qui dort. Des idées saugrenues trottinent sous sa casquette: pourquoi ne pas voguer vers la France sur une péniche chinoise entre bord de mer et grands fleuves ?


En attendant, vous pouvez toujours partager l'aventure vélocipédique de Serge à travers son livre toujours disponible en librairie ou par correspondance.


Ma Chine à vélo

3.7.08











Plastic reality






La Chine est riche. La Chine consomme.
L'offre est gargantuesque, la production gigantesque, le plastique envahissant, la publicité assommante.
L'empire du milieu s'offre le luxe du mal manger. Payer cher pour manger mal n'est pas donné à tout le monde.
Le super ou l'hyper n'est pas bon marché.
Véritable caverne d'ali baba aux teintes acidulées, monde enfantin, y consommer devient un jeu.
Pas de corvée, de dos voûté la tête affligée. Ici on rit, on touche à tout,on parle fort, on s'extasie. Pas d'attente mortelle, la file s'anarchise joyeusement,on interpelle la caissière, on passe devant tout le monde, on jacasse à tout va.
On achète de plaisir une patte de poulet sous vide, un bonbon fluo ,pour l'enfant roi.
De Kachgar à Kunming, de Lhassa à Nanning la même onde de vie envahit les rayons.




Le poisson, le canard, la poule est son karma .


Le cochon mort ne craint pas l' eau bouillante.
Au marché de Wu Shin Dao;
Il l'empargouille, le glosseraille et il s'affaisse.









Assommé l'oeil a cessé de frémir;
Ecaillé le corps lisse apathique;
Tranchés les morceaux s'éparpillent;
La lumière blafarde ondule sous la tôle brulante.


Fendue la carcasse offre ses entrailles;
Laquée la peau dorée culbute sans murmure;
Crocheté le canard se balance;
La chaleur dispense son odeur en éclat.


Saigné le corps chancelle malhabile ;
Ebouillanté, dans la marmitte les plumes s'éparpillent;
Vidé, le couperet tranche le tête du condamné;
Il est 3 heure à ciel fermé .


Roussi, la flamme du chalumeau scintille;
Gonflés, les boyaux se teintent de brillance;
Ouverts les morceaux font silence;
Picottement sur mon foie acidulé .


Couche de graisse qui s'arrache au firmament;
Plateau de naseaux en gelée;
Rangée de langues râpées;

Cercle de cervelles en damier;
Vicères et entrailles s'éparpillent.


Le sang a coulé;
La chair est vaincue;
Les corps pendus s'offrent aux cannibales.


26.6.08


25.6.08


Interlude !






Mais aussi... Cartoon !

20.6.08

La " face " des Chinois






" Un rien froisse le Chinois.

Un gosse a affreusement peur des humiliations.

Qui n’a pas été Poil de carotte ? La peur des humiliations est tellement chinoise qu’elle domine leur civilisation. Ils sont polis pour cela. Pour ne pas humilier l’autre. Ils s’humilient pour ne pas être humiliés.

La politesse, c’est un procédé contre l’humiliation.Ils sourient.

Ils n’ont pas tant peur de perdre la face, que de la faire perdre aux autres. Cette sensibilité, véritablement maladive aux yeux de l’Européen, donne un aspect spécial à toute leur civilisation. Ils ont le sens et l’appréhension du "on dit". Ils se sentent toujours regardés… "Quand tu traverses un verger, garde-toi, s’il y a des pommes, de porter la main à ta culotte et, s’il y a des melons, de toucher à tes chaussures." Ils n’ont pas conscience d’eux, mais de leur apparence, comme s’ils étaient eux-mêmes à l’extérieur et s’observant de là. De tout temps exista dans l’armée chinoise ce commandement : "Et maintenant, prenez un air terrible!"

Même les empereurs, quand il y en avait, avaient peur d’être humiliés. Parlant des Barbares, des Coréens, ils disaient à leur messager: "Faites en sorte qu’ils ne rient pas de nous." Etre la risée ! Les Chinois savent se froisser comme personne et leur littérature contient, comme il fallait s’y attendre de la part d’hommes polis et aisément blessés, les plus cruelles et infernales insolences
. "

Henri Michaux . Un Barbare en Asie, Gallimard, Paris, 1933.


13.5.08

Retour dans l'empire du dragon céleste














Ni hao,

Hekou,une petite ville chinoise à la frontière vietnamienne, c'est bien cela !
Un pont, le fleuve rouge, un douanier scrupuleux et trop poli qui inspecte tous les livres et hop nous revoilà comme par miracle dans l'empire du milieu, un peu comme on retourne à la maison. Étrange!
Nous flânons quelques jours ici pour s'assurer que rien n'a changé et apprécier la douceur de retrouver ce que l'on aime.
Et oui, c'est bien la Chiiiine : des assiettes de "baozes" fumantes , une chinoise autoritaire et hilarde qui nous prend sous son aile, un tango nasillard sous des lampadaires-palmiers d'un kitch affolant, des dominos de mah-jong roulant bruyamment derrière des paravents fanés, des litres de thé vert au goût d'épinard, des héroïnes volantes sur CCTV6, des toilettes collectives toujours aussi "awful", mon voisin d'internet fumant et crachotant, les ribambelles de pétards, l'odeur du charbon, une "puya" endormie gardienne des clés du troisième étage, les " rellos " rigolards et tendrement moqueurs d'une tablée dominicale...
Tous ces petits détails qui font un pays et qui ici bouillonnent d'une énergie contagieuse.

Nous n'irons pas au Tibet, les routes étant toujours fermées par l'armée. Nous pédalons vers le centre du pays à la rencontre de ces paysans tout simples qui nous ont tant séduit, de ces routes de campagne, de ....
A bientôt, dès que nous croisons un " wangba" enfumé où des gamins espiègles tirent à la carabines des ennemis imaginaires.

Carlotta and Ed.

11.5.08

Deux gommettes visitent le Tonkin


Début de mousson sur les routes du Vietnam, deux gommettes visitent le Tonkin depuis Naméo, Mai Chau, Son Là...jusqu'à Lao Cài en passant par Dien Bien et Sapa.







8.5.08

Un vent de terre au Laos




une boite de talc
un café lao une intersection
sept-cent gouttes de pluie un orage à minuit
un chant du coq quarante trois degrés celsius
un avale-poussière une terre rouge
deux cent cinquante grammes de wish à trois mille kip
un gecko rêveur
une fleur de courgette trois poissons séchés une pousse de bambou
vingt-cinq minutes d'attente
un drapeau avec la lune
un hamac trois poulets oranges un moine
dix neufs crevaisons un incendie un tube de colle
une maison sur pilotis
une dame avec un pantalon bleu
un arc en ciel un groupe de nuages
un couple de buffles d'eau
une moustiquaire
soixante années de colonisation un pathet Lao
une paire de chaussette humide
une feuille de teck qui tombe

trois livres de kao niaw un marteau une faucille
une camarade hotelière six heures trente il fait nuit
quatre bougies un clair de lune
un mois d'avril

le gecko rêveur
une pente à douze pour cent un piège à rat
mille neuf cent soixante quatre - mille neuf cent soixante treize

deux millions de tonnes de bombes
une heure de déprime treize aspirines
un cochon une cocotte minute une guêpe
une chemise poisseuse
un monsieur avec son uniforme
une brochette de chauve-souris
un pêcheur qui pêche des poissons
deux falangs quatre heures de karaoké
une route numéro trois une douzaine de nids de poule
un endroit qui s'appelle sop hong
trois khamus et seize hmongs sont en bateau
une histoire sans parole
huit millions de pixels
deux verres de lao lao quatres triples croches un silence
un chat avec la queue coupée
et naturellement
le gecko soupire

9.4.08

Portfolio Laos




Nord Laos, au coeur des vosges Tropicales.



.Cahier journal du Nord Laos.











. Vers Muang Pakxeng. 02 Avril.

... La route aux millions de virages, bande de terre vierge, s'insinue dans le vert à l'infini. Les vélos zigzaguent en crabe comme englués sur des pentes verticales. Les arbres-boas enlassent voracement des troncs centenaires aux tons orangés, des fougères gigantesques frémissent gracieusement sous un vent avare, des gouttes d'eau tiennent l'équilibre sur des feuilles géantes et tendres.
Le coeur de la jungle bat lentement, l'air s'amenuise, des bouquets de nuages violets gardent jalousement une mousson salvatrice.
Au village, oasis de sable rouge, l'homme a dompté la forêt. Perchée sur ses pilotis maladroits, la maison de bambou s'offre au ciel et respire...



. Ban Sop Hong. 03 Avril. Vangxay guest house.

..Oc.Oc.Oc...Ghêko!...Ghêko!...Ghêko !..
Un lézard géant hoquette dans la nuit rompant ce silence pesant annonciateur de pluie. Un éclair crêve le ciel bas, l'air devient solide comme un manteau de feutre. Le temps s'arrête, les insectes se taisent. La terre et les hommes appellent la mousson. L'eau suspendue comme un épée de Damoclés s'abat sur le sol comme un millier de petites aiguilles en un bruit assourdissant.
Il tombe des buffles, des coqs et des cochons; les arbres se battent et se débattent.Le calme soudain résonne. une odeur suave de terre mouillée envahit l'espace. Il fait presque froid.
Oc.Oc.Oc...Ghêko!...Ghêko!...Ghêko!...



. Muang Vieng Thong. 04 Avril. Fin d'après midi.

...La tête en l'air, le coeur léger, les tortues chassent les nuages, capturent des images, souvenirs fugaces d'un ciel d'avril du nord Laos.
Pas de touristes à Vieng Thong, pas de photo, mais la rumeur court plus vite que l'éclair. Suspission. Délation.
Nos deux falangs se retrouvent au poste pour un interrogatoire en lao non sous titré. Leur long nez pointe au sol, avec bien plus une envie de rire que de pleurer.
Silence. Les nuages s'envolent. Les poules jacassantes envahissent le terrain de pétanque pendant ce temps mort inattendu...

19.3.08

Les tortues poursuivent leur chemin.

D'une montagne à l'autre !... La route des nuages continue.

Les tortues poursuivent leur chemin .









" Quel est donc le charme redoutable de ce pays étrange où toujours sont retournés ceux qui l'avaient entrevu ? Pour retrouver ses montagnes et ses hommes, on repasse la mer, on traverse des royaumes entiers aux pas lents des chameaux et des mules... Ce pays est le Tibet, pays de pasteurs et de moines, interdits aux étrangers, isolé du monde..." Le Tibet révolté. Jacques Balot.

La route s'extirpe nonchalamment des eaux lourdes et troubles du Mékong, fleuve de légendes et d'histoire, qui à Chiang Khong sépare l'ancien royaume de Siam, du pays lao.
Le chant des crapauds buffles, les bruits jouissifs d'oiseaux invisibles, les cris d'armées de coléoptères s'échappent d'une brume inerte flottant comme un couvercle sur la forêt tropicale.
Une autre montagne...Végétale, aux verts luxuriants et généreux.
Des petits pays se moquant des frontières s'y cachent aux détours de pistes de poussière rouge aux tracés tourmentés. Au Laos, des Alpes tonkinoises au Yunnan, la route traverse des contrées Hmongs, Akhas, Lisus, Yis, Miaos...que ces terres inhospitalières ont su préserver jalousement.

Du fleuve Rouge au Mékong, la route des nuages continue d'une montagne à l'autre...
En une folle spirale, nos roues retournent vers Lhassa, éternelle obsession du voyageur.




18.3.08

Deux tortues à Sukhotaï .

Houps !


Une petite ballade au coeur de l'ancien royaume de Siam.

Soi Samsen 6 . 9h30mn . Bangkok

.

4.3.08